Pyrale du buis : le point sur la pullulation en 2018 sur la CC de Gevrey-Chambertin et Nuits-Saint-Georges et en particulier sur la RNN Combe Lavaux – Jean Roland et conseils

Qu’est-ce que la Pyrale du buis ?

La Pyrale du buis est un papillon de la famille des Crambidae venu d’Asie orientale, introduit accidentellement en Allemagne dans les années 2006 par le commerce international de buis ornementaux où se trouvait la chenille. Les premières observations de la Pyrale du Buis en France datent de 2008, en Alsace. Elle a depuis peu à peu colonisé tous les départements français et est présente en Bourgogne-Franche-Comté depuis 2011.

Un danger sur d’autres arbres ou les cultures ?

Comme son nom le laisse supposer, l’espèce s’attaque exclusivement au buis (genre Buxus, nombreuses espèces dont une indigène en France : Buxus sempervirens) avec quelques très rares exceptions constatées, notamment en laboratoire. La chenille se nourrit des feuilles de buis, mais ne se nourrit pas significativement d’autres espèces de plantes. Il n’y a donc pas de danger pour les autres espèces d’arbustes, notamment la vigne.

Où se trouve-t-elle sur notre territoire ?

Elle est présente sur tous les secteurs de la côte et des hautes-côtes où le buis est présent. Elle est donc présente sur la Réserve Naturelle Nationale de la Combe Lavaux – Jean Roland et la Côte entre Dijon et Beaune depuis 2015/2016 avec les premières éclosions notables en 2017.

Pourquoi un phénomène aussi important ?

Son cycle de reproduction est rapide : de l’œuf à l’adulte, le cycle est de 45 jours. Il y a au minimum 2 générations et jusqu’à 3 éclosions par an. De plus, le buis est très peu consommé par nos insectes ; dynamique, la pyrale du buis profite donc pleinement du champ libre, ne trouvant pas de concurrence. Enfin, les chenilles sont toxiques pour ses prédateurs (en concentrant les substances toxiques du buis) ; leur pullulation n’est ainsi pas contrôlée par les oiseaux, par exemple, habituellement consommateurs de chenilles en général. Par son impact , c’est une EEE (Espèce Exotique Envahissante) particulièrement problématique par ses dégâts, au moins économiques, dans le secteur des espaces verts. La réglementation limitant leur introduction est donc à renforcer car le commerce international croissant, les introductions de telles espèces indésirables se succèdent, provoquant des catastrophes régulières.

Quel impact sur nos espaces naturels ?

A la fin de l’année 2018, la quasi-totalité  des buis de la Combe Lavaux et plus généralement de la Côte seront consommés. En 2019, les Pyrales seront plus discrètes car il n’y aura plus de ressources alimentaires et un grand nombre de buis mourront. Ce phénomène de pullulation spectaculaire  touchera alors d’autres secteurs non ou plus modestement touchés jusqu’ici.

  • Les colonisations successives mettent à mal les buxaies occasionnant un impact paysager mais ne constitue pas forcément une menace majeure pour la biodiversité de la Combe Lavaux sauf si nous perdons complétement et définitivement ces buxaies typiques de nos paysages supra-méditerranéens
  • En terme de biodiversité, ce phénomène, bien que d’origine anthropique, constitue une perturbation ; ces perturbations sont aussi favorables, à l’image du feu, de coups de vent car elles génèrent de la biodiversité si elles se réalisent à une fréquence modérée. Ainsi les peuplements de buis morts vont être recolonisés par des herbes ou d’autres arbustes, générant d’autres peuplements d’insectes qui ne trouvaient plus leur place sous les couverts denses de buis.

 

Quel avenir sur nos espaces naturels ?

Il n’est guère possible d’imaginer avec certitude la suite pour les années à venir : retour à la normale avec des buxaies reconstituées (peu probable) ; rareté extrême du buis et de la pyrale à terme ou repousse progressive des buis contredite périodiquement par des pullulations de Pyrales certaines années. Ces deux derniers cas sont les plus probables.

Quel rôle pour les gestionnaires d’espaces naturels ?

Les gestionnaires d’espaces naturels ne peuvent que constater les dégâts, n’ayant pour le moment aucun moyen de lutte soutenable. Un traitement insecticide existe, mais ce traitement non sélectif conduirait à détruire bien d’autres espèces d’insectes déjà suffisamment menacés par nos activités humaines (pesticides et altération de leurs milieux naturels). Il peut-être pertinent de traiter les buis horticoles de manière mesurée mais ces traitements sont irréalisables sur nos espaces naturels car il faudrait traiter systématiquement tous les buis sur plusieurs milliers d’hectares et dans des sites en partie inaccessibles.

Et pour la Réserve naturelle Nationale de la Combe Lavaux – Jean Roland ?

La Communauté de Communes de Gevrey-Chambertin et l’ONF, gestionnaires de la réserve prendront en compte cette problématique dans le prochain plan de gestion de la Réserve Naturelle de la Combe Lavaux – Jean Roland actuellement en réécriture pour la période 2019-2029 qui définira si elles existent et si elles sont faisables des actions adaptées.

Et vous lecteur ? Quel rôle ?

  • remplacer les buis par des espèces avec un rendu visuel proche : Ilex crenata, Euonymus fortunei et japonicus (variétés à petites feuilles) et Lonicera pileata et nitida pour les espèces horticoles

OU

remplacement avec des choix esthétiques ou des objectifs au jardin différents en privilégiant des espèces autochtones plus favorables à la faune locale, par exemple des lavandes et autres ligneux bas aromatiques, des fusains d’Europe, des viornes-tin, pour les exemplaires les plus gros de buis à remplacer, etc.

2) Pour les buis rares, avec un attachement particulier de son propriétaire ou avec un rôle particulier (taille complexe ou ancienne, art topiaire), le traitement au bacille de Thuringe est indiqué (et autorisé en AB ; d’autre solutions biologiques existent aussi avec des Trichogrammes). Pour être efficace, ce traitement doit être effectué en sortie d’hivernage des chenilles puis à chaque nouvelle génération soit une dizaine de jours après les pics de vols de papillon (jusqu’à 3 fois par an)

3) Privilégier les multiplications, les échanges entre voisins et les achats chez les pépiniéristes avec production locale et respectueuse de l’environnement  pour végétaliser votre jardin ; cela favorise le commerce local, limite les invasions d’espèces exotiques et les impacts sociaux et environnementaux de l’horticulture industrielle et développe les liens de voisinage et la circulation des savoir-faire.